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Edito

Lyannaj !

Une expression découverte ici à la faveur du mouvement populaire qui a agité La Guadeloupe, La Martinique…


 Et la « métropole » au début du printemps. Si le vocable Pwofitation a lui aussi connu un grand succès public, c’est au Lyannaj que nous dédions notre 9ème édition. Formidable langue créole qui nous offre ce mot en partage… Littéralement « lianer », c’est nouer, relier, vivre ensemble, et faire ensemble.
Or depuis 2001, notre propos est justement de créer ce « Lyannaj » à Groix. Les insulaires et les amoureux des îles s’y retrouvent autour du cinéma, de la musique, et des débats.

Lyannaj… au Sri Lanka. Notre île invitée en a bien besoin ! L’actuelle défaite militaire de la rebellion séparatiste tamoul met fin à près de 30 ans d’un conflit qui aura fait plus de 80 000 morts. Sans partis pris, autre que celui des populations civiles, nous avons invité des personnalités qui défendent la paix, la démocratie, et le « vivre ensemble », toutes confessions et ethnies confondues. En partenariat avec Amnesty International, nous vous proposons une vingtaine de films en provenance de l’île « aux mille sourires » et aux mille peines, en majorité inédits en France.

Lyannaj toujours, mais cette fois contre la pwofitation. Nous vous invitons, par des films et des débats, à revenir sur le formidable séisme qui a secoué La Guadeloupe et la Martinique, avant de nous arrêter une nouvelle fois chez leur voisine Haïti.
Nous la fêterons à travers des documentaires et des concerts afin d’amorcer notre futur partenariat avec la commune des Abricots et son maire Jean-Claude Fignolé.

Lyannaj encore avec la seconde édition de notre débat « Iles en danger » autour de la ressource et de la pêche artisanale. Une journée qui confrontera les points de vue des pêcheurs de Groix, Houat, Yeu comme d’Irlande ou du Sri Lanka..

Lyannaj surtout et toujours durant l’ensemble de notre manifestation. A Groix comme à Port Lay, pas de barrières entre public, bénévoles, invités, artistes ou réalisateurs. Ici, toutes et tous se mélangent, discutent, s’engueulent ou même tombent en amour. Au fil des années et des amitiés, notre famille des îles s’est élargie.
Alors, après 2009, rendez-vous en 2010 pour toutes les retrouver ! Mais c’est une autre histoire ...

 

L’équipage du Festival


 

Mot du maire

Depuis neuf ans déjà, chaque mois d’Août, le FIFIG nous investit du statut très particulier d’îlien planétaire.
Nous levons les yeux de notre caillou et voyons surgir de l’horizon l’incroyable armada des îles du monde dérivant vers nous par la magie du cinéma, le sortilège des rencontres, la fantaisie des regards et de la création artistique.
La présence des cinéastes, dont les oeuvres pénètrent en nous avec la force du réel, permet l’éveil de notre jugement et de notre imagination dépassant le simple spectacle des projections. Ainsi ce qui est donné à voir, donne aussi à réfléchir donc à affronter le réel.

Chaque festival nous change : c’est un moment pour faire le point sur l’état de la planète et se poser de vraies questions. En cela le FIFIG est militant.
Il nous aide à développer notre conscience collective et à juger nos choix de vie à la lumière de ceux des autres, le choix commun étant celui de vouloir rester îlien dans un monde dominé par la Métropole. En cela nous les insulaires sommes des militants, le plus difficile étant d’échapper aux clichés que tant de rêveurs projettent sur nous. Les îles, comme les humains, veulent être aimées pour elles-mêmes et non comme un fantasme collectif.
Le FIFIG a su être un lieu qui questionne cette déchirure entre rêve et réalité où le visiteur reprend pied, parfois brutalement, sur la dureté de la roche îlienne.
Les îles ne sont en fait que des concentrés du monde, elles sont comme des loupes donnant à voir en plus fin, en plus aigu, en plus violent parfois, l’essentiel des enjeux humains sur cette Terre.

L’indifférence vis-à-vis de l’autre est impossible, le moindre voisin vous jette dans l’obligation d’être dans la relation, bonne ou mauvaise, que vous construirez avec lui. Dans les îles, certains mots, ailleurs si légers, pèsent parfois des tonnes. Le respect devient la clé du vivre ensemble, sans lui l’enfer n’est plus loin, avec lui le paradis devient possible. Le Sri Lanka, choisi cette année comme île invitée, brûle encore de ces rancoeurs humaines enfermées dans le cercle immobile de l’océan.
Tous ces siècles de conquête nous ont finalement conduits à cela : il n’y a plus de frontière ni de «terra incognita», la Terre est une île, un monde fermé dans lequel les hommes ont désormais le choix entre un partage solidaire de ressources limitées et une autodestruction déjà bien entamée.

Le débat de l’année dernière sur le thème des « îles en danger » par le réchauffement climatique a été de haute tenue. Cette année, le thème de la pêche dans les îles s’attaque à la question de l’existence même de ceux qui veulent encore vivre de la mer alors que ses grands équilibres sont gravement menacés par les activités humaines.

Je ne voudrais pas conclure en donnant du FIFIG une image « no future » qui ne lui sied vraiment pas : concerts, fêtes, repas et chansons sont le quotidien du festival où le public comme les bénévoles sont avant tout là pour le bonheur d’être ensemble, cultivant frénétiquement l’utopie îlienne pour quelques jours mémorables.

Pour finir, je tiens à remercier tous ceux qui, loin des projecteurs (et même souvent derrière) rendent ce miracle possible, les bénévoles aux multiples talents : tantôt artisans, secrétaires, comptables (si importants), logisticiens, régisseurs, organisateurs et bien d’autres compétences mises à disposition de ce projet hors normes. Merci à Yann pour la finesse de son jugement et ses talents de chercheur de trésors. Merci à tous ceux qui ont tenu et tiennent encore la barre de ce gros navire que nous avons jeté dans les vents de nos vies.


Eric Régénermel,
maire de Groix