crédit : Agathe Marin

Crédit Agathe Marin - mappin.cl

Le 19ème Festival International du Film Insulaire de l’Île de Groix (du 21 au 25 août 2019) aborde pour la première fois le continent sud-américain et accoste aux îles chiliennes. Certaines de ces îles appartiennent au fantasme insulaire : Rapa Nui avec ses Moai, l’île de Robinson Crusoé rendue célèbre par le livre du même nom écrit il y a tout juste 300 ans par Daniel Defoe, le Cap Horn, île-caillou dont le passage mythique a marqué et marque encore des générations de marins… D’autres, nombreuses, restent inconnues du grand public.

Le Chili, nommé pays-île par beaucoup de géographes de par ses frontières naturelles (désert d’Atacama au nord, Cordillères des Andes à l’est, glaciers au sud et océan Pacifique à l’ouest), possède plus de trois mille îles et îlots dont la grande majorité se situent au sud de l’archipel de Chiloé et ne sont pas habités, à cause de leur situation géographique extrême, de leur difficulté d’accès et de leur rude climat.
Très diverses, les îles chiliennes n’ont pas d’identité commune. Leurs habitants n’ont pas le même passé. Un des seuls éléments d’histoire commune des peuples autochtones insulaires (les Rapanui sur l’île de Pâques, les Huilliches (Mapuche du sud) sur Chiloé, les indiens nomades patagons) est d’avoir été colonisés et exploités par une nation extérieure.
Il est donc difficile de parler de ces îles à l’unisson, et encore plus d’évoquer un véritable « cinéma insulaire chilien ». Le cinéma chilien a connu une traversée du désert pendant la dictature militaire d’Augusto Pinochet (1973 – 1990), en dehors de quelques documentaires de résistance. Relancée au début des années 1990, l’industrie cinématographique chilienne met du temps à se développer et la programmation des salles est dominée par les films nord-américains. Dans ce contexte, il est facile de comprendre que le cinéma chilien insulaire est une niche, d’autant plus que l’isolement et la difficulté d’accès de la quasi-totalité des îles chiliennes n’ont pas favorisé les tournages, difficiles et coûteux.

Cependant, si l’équipe du Fifig a décidé de vous parler des îles chiliennes, c’est qu’elles ont bien des choses à raconter ! Et notamment, parmi elles, quatre destinations auxquelles cette 19ème édition est plus particulièrement consacrée.

RAPA NUI

Rapa Nui (île de Pâques) est un des territoires habités les plus isolés au monde, à 3500 km à l’ouest des côtes chiliennes. Malmené depuis la découverte de l’île par le navigateur hollandais Jakob Roggeveen le jour de Pâques 1722, décimé par les maladies, déporté pour être esclave au Pérou, converti au catholicisme, dépossédé de son plus riche moai, réduit en esclavage puis parqué dans un village de l’île avec interdiction de circuler, de pêcher… le peuple rapanui regagne lentement ses droits légitimes sur l’île, depuis les années 60. Désormais le peuple se bat pour conserver sa culture et sa langue quasiment disparues par manque de transmission et doit faire face à une pression touristique qui s’accroît d’année en année et qui fragilise l’équilibre social, économique et environnemental de l’île.

ARCHIPEL JUAN FERNANDEZ

Plus près du Chili, à quelques 675 km au large de la ville de Valparaiso, l’archipel Juan Fernandez tente de résister au départ de sa jeunesse vers le continent. Une seule des trois îles volcaniques est habitée à l’année, celle nommée Robinson Crusoé et peuplée d’environ 700 habitants qui vivent du tourisme et de la pêche à la langouste. Repère de pirates du 16ème au 18ème siècle, l’archipel a ensuite hébergé le marin écossais Alexander Selkirk qui y a survécu seul pendant quatre ans et quatre mois, puis le baron suisse Alfred von Rodt, nommé gouverneur de l’île par les autorités chiliennes, qui a fondé en 1877 le seul village de l’île, San Juan Bautista, et dont les insulaires honorent encore la mémoire.

ARCHIPEL DE CHILOE 

Avec sa trentaine d’îles et d’îlots dont la grande île de Chiloé, l’archipel s’accroche au continent découpé. Dernière colonie espagnole en Amérique du sud fortement influencée par les Jésuites, cet archipel longtemps marginalisé s’est construit une culture propre marquée par de nombreuses légendes nourries de son passé Huilliche. Avec la privatisation de la mer permise par la constitution héritée de Pinochet puis le boom de l’industrie du saumon, des entreprises étrangères ont installé des centaines d’élevages intensifs de saumon dans la mer intérieure. Depuis, des algues microscopiques toxiques, à l’origine de marées rouges polluantes, empêchent les pêcheurs artisanaux de gagner leur vie et ont un impact social, culturel et environnemental catastrophique.

LES ÎLES DE PATAGONIE

A partir de Chiloé et jusqu’au Cap Horn, la Patagonie chilienne insulaire déroule une kyrielle d’îles sur lesquelles ont vécu les indiens Kawesquar, Yaganes ou encore Haush. Nomades, ces amérindiens y ont circulé en pirogues, se sont adaptés aux conditions naturelles extrêmes et ont en quasi-totalité disparu avec l’arrivée des premiers bateaux occidentaux. Comme sur Rapa Nui, des maladies jusque-là inexistantes ont fait des ravages, les indiens ont été infantilisés, asservis et les peuples nomades patagons se sont peu à peu éteints. Seuls quelques descendants de ces amérindiens peuvent encore aujourd’hui témoigner de leurs traditions et de leur mode de vie. La plupart des îles, aujourd’hui inhabitées, servent d’abris aux bateaux de pêche et aux touristes aventuriers.

La multiplicité et la spécificité des situations géographiques des îles chiliennes, de leur histoire et de leur culture ont l’occasion, une nouvelle fois, de nous plonger dans la singularité de la vie insulaire.